Pierre Joseph DESAULT

Pierre Joseph DESAULT
Pierre Joseph DESAULT

Né dans une famille rurale de cinq enfants, Desault n'a pas eu de chance avec ses biographes qui ont maltraité sa date de naissance et l'ortho­graphe de son patronyme. En réalité, il est né le 6 février 1738 au Moulin Rouge à Vouhenans près de Lure et non (comme le disent de nombreux auteurs, dont hélas Bichat) en 1744.

Le jeune Pierre‑Joseph se distingua dès son enfance par une intelligence au‑dessus de la moyenne, ce qui incita son père à lui faire apprendre le latin chez un maître particulier. selon Bichat, mais plus vraisemblablement à l'École des Belles Lettres fondée à Lure par l'abbé Jean‑Rodolphe Stoer. Les bénédictins de Lure ne furent, sans doute, pas étrangers à cette décision, car, en d'autres circonstances, ils donnèrent encore quelques marques d'intérêt aux Dussaux.

Une vocation précoce

D'abord destiné à la prêtrise, il s'intéressa de bonne heure à la chirurgie et fit ses premières armes à l'hôpital de Belfort en 1759. Bien vite, il épuisa les ressources locales et, comme tant d'autres, alla continuer ses études à Paris, où il arriva en 1764, déjà maître ès‑arts.

Il tomba malade et fut hospitalisé à la Charité.Guéri mais sans titre officiel, il ouvrit, à vingt‑huit ans, en 1766, un cours privé d'anatomie qu'il continuera pendant vingt ans avec le plus grand succès.Son cours étant irrégulier, il fut suspendu à la requête du collège de Saint‑Côme bien que, pour tourner la réglementation, il y figurât officiellement comme répétiteur d'un médecin qui jouait le rôle de prête‑nom. Il fut sauvé par La Martinière, qui le prit comme adjoint, et par Antoine Louis qui venait assister à ses leçons et finança sa thèse, le 31 août 1776, pour la somme de 3000 écus.

A l'Académie royale de Médecine, où il entra peu après, il prit peu de part aux discussions et aux travaux. A un ami qui s'en étonnait, il aurait répondu : "je suis comme les substances salines, je ne cristallise qu'en repos."

De même que Louis avait soutenu la première thèse latine au Collège de la Chirurgie, de même Desault fut l'auteur de la première thèse soutenue dans les nouveaux bâtiments de l'Académie royale de Chirurgie.La Martinière voulut‑il qu'elle fût soutenue avec éclat.Dès lors, Desault put participer à l'enseignement officiel et entrer à l'Académie. L'ambiance de celle‑ci ne lui plaisait guère. il prit ses distances et fut de plus en plus attiré par de jeunes auditoires et les méthodes pédagogiques auxquelles il va consacrer le reste de sa vie.

Un chirurgien de renom

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Il enseigne à l'école pratique et devient pour six ans chirurgien major, puis chirurgien consultant de l'hospice des écoles de chirurgie. Parallèlement à ces activités chirurgicales, Desault poursuivait ses recherches en anatomie normale et pathologique et commença la constitu­tion d'une collection anatomique qui comprenait 600 pièces.

En 1782, il devint chirurgien adjoint, puis chirurgien en chef en survivance de la Charité. Le 8 janvier de cette année‑là, il épouse Marguerite Touvenin. De ce mariage naîtra un fils Alexis, Pierre Mathias (1784‑1832). Le jeune ménage habitait rue de la Harpe, non loin des écoles de chirurgie.

A la mort de Guillaume Ferrand (1795), il occupe la place de chirurgien en chef de l'Hôtel­-Dieu, vieille machine administrative inadaptée à son époque et qui marchait vers la banqueroute,avec en outre, le pourcentage de mortalité le plus élevé de France. Dénoncée par Voltaire en 1768, cette situation avait ému l'opinion publique, les académies et le gouvernement. En 1786, une souscription publique pour reconstruire l'Hôtel­-Dieu avait recueilli en quelques jours, plus de deux millions de livres.

Révolutionnaire avant la Révolution et en dehors d'elle, il ne restait plus à ce réformateur qu'à faire aboutir ses projets et, dès 1787, l'Hôtel‑Dieu abrita la première école de chirurgie de clinique externe qui ait existé en France et la plus moderne qui ait encore été établie en Europe.

A partir de 1792, cet enseignement fut à peu près le seul à persister en France et le succès de cet effort valut à Desault autant d'admiration que de jalousie. C'est alors que fut fondé le Journal de Chirurgie.

Dans la tourmente de la Révolution

Le climat révolutionnaire n'allait pas être favorable à Desault, que son caractère entier et son surmenage chronique écartaient des clubs et de la familiarité des maîtres de l'heure. Il eut même un ennemi vigilant en la personne de Chaumette (1763‑1794). Après le 10 août 1792, il dut s'expliquer devant le tribunal révolutionnaire. Le 28 mai 1793, il fut incarcéré au Luxembourg pendant trois jours.

Chaque fois, l'intervention de ses confrères et les pétitions de ses élèves, dont quelques‑uns partagè­rent sa captivité, lui prouvèrent sa popularité indiscutable.Par ailleurs, l'estime du gouvernement ne lui fut pas retirée. A la mort de Marat (13 juillet 1793),c'est lui, en effet, qui fut préféré à Des­champs ‑ dont les honoraires furent jugés trop élevés ‑ pour embaumer le tribun. Néanmoins, l'atmosphère du Paris révolutionnaire lui devint insupportable, et ce bourreau de travail sombra dans le pessimisme et le découragement...

Le 6 mai 1795, il fut désigné pour aller visiter dans la prison du Temple Louis‑Charles, "l'enfant Capet", qui devait mourir le 8 juin suivant. Il est certain que Desault vit plusieurs fois le petit malade et qu'il tenta, au cours de ses visites chaque fois un peu plus longues, d'apporter au mourant le réconfort de l'amicale tendresse d'un vieillard désenchanté: "Le prince fut sensible aux soins de son chirurgien. Il le lui témoigna en s'abandonnant à lui en toute confiance, et en rompant avec lui le silence absolu qu'il gardait avec ses geôliers et les commissaires de la municipalité. Lorsque ces commissaires annon­çaient que la visite allait cesser, l'auguste enfant, ne voulant pas s'adresser à eux pour la prolonger, retenait M. Desault par le pan de son habit. C'était les larmes aux yeux que le franc et sensible Desault, sortant du Temple, racontait chez lui à M. Nicolle et à des amis intimes, les paroles et les instances du jeune prince."

Le 30 mai, le commissaire de service Breuillard, qui connaissait Desault, lui dit après la visite en redescendant l'escalier ‑ "C'est un enfant perdu, n'est‑ce pas ?" "Je le crains, mais il y a peut‑être des gens qui l'espèrent", répondit le chirurgien.

Pendant ce temps, la situation politique ne s'était pas améliorée. Bien au contraire, l'agitation persistait. Le peuple était affamé et, le 20 mai 1795, la Convention ne conserva le pouvoir qu'au prix d'une sévère répression.

Dix jours plus tard, Desault sortit de l'Hôtel‑Dieu en proie à la tristesse et au plus profond abattement. Le soir même, une fièvre intense se déclarait, avec un délire, reflétant les angoisses que lui donnait la situation politique; malgré les soins de Choppart, de Corvisart et Bichat, il fut emporté en une semaine et mourut le 1er juin 1795. Il avait 57 ans.L'autopsie faite par Corvisart ne montra qu'un peu de sérosité épanchée vers la base du crâne et le canal vertébral. Aussi, très nombreux furent les contemporains qui crurent à un empoisonne­ment criminel, punissant, soit la sympathie que Desault aurait manifestée à Louis XVII, soit le refus qu'il aurait marqué de ne pas reconnaitre la fausse identité de son jeune malade, qui n'était plus le fils de Louis XVI.

Ses oeuvres posthumes ont été publiées par Chopart, Bichat, Roux et Magendie. Elles ont connu plusieurs éditions. Il reste encore quelques manuscrits inédits de Desault, le plus intéressant est une longue lettre adressée à, l'Assemblée Nationale le 12 septembre 1791 dans laquelle il répond aux attaques formulées contre lui.

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